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Entretien avec Garry Davis en 2000 Quel fut le point de départ de votre engagement ? La guerre, ce fut un véritable choc. D'abord un choc par rapport à mon éducation familiale. Mon père était un chef d'orchestre réputé, Meyer Davis, fréquemment convié à la Maison-Blanche. Ma mère, Hilda, était également artiste. Mes deux autres frères étaient musiciens, ma sœur et moi étions comédiens. En 1940, je jouais dans un théâtre ; ma philosophie était alors de rendre le public heureux... J'ai été appelé en 1941, comme pilote de bombardier dans la 8' U.S. Air Force (stationnement près de Londres) ... Mes cibles étaient alors l'Allemagne, la Belgique... J'étais jeune, j'avais été happé par la propagande de la guerre... 5 miles au dessus des populations civiles, c'était une sorte de fantaisie... Rien dans mon éducation ne m'avait préparé à être un tueur. A ma 6' mission au-dessus de Berlin, mon avion a été touché par la DCA, j'ai du me poser en Suède. Interne, je me suis évadé trois mois après. J'ai alors traversé ce qu'on appelle une crise de conscience. Le fait qu'on soit entré dans une période d'extermination avec pour seule excuse que la guerre des nations était légale, j'ai eu besoin de réfléchir... J'ai repensé mon identité envers les États souverains qui étaient responsables de la guerre. Au lieu de retourner à Broadway poursuivre une carrière obscure d'acteur, j'ai décidé de faire triompher l'idée d'un gouvernement mondial, seule solution à mes yeux pour éviter un nouveau conflit. De quelles manières concrètes avez-vous pris position ? A 27 ans, j'ai choisi de faire parler de moi pour donner corps à mon idée... Premièrement, dès mon arrivée en France en mai 1948, j'ai rompu avec ma patrie d'origine en remettant symboliquement mon passeport américain à l'ambassade des États-Unis à Paris. Deuxièmement devenu apatride, j'avais le droit et le devoir de choisir ma citoyenneté... Parce que l'humanité était en danger, j'étais en danger.. je me suis donc déclaré citoyen du monde. Je n'étais pas Américain, Français ou Japonais, en sortant du ventre de ma mère, j'étais entré dans la famille Monde pour le meilleur et pour le pire... Troisièmement, j'ai dressé ma tente sur les marches de la Place de Chaillot devant le Palais du Trocadéro, y campant jour et nuit, pour demander asile et protection à l'Assemblée Générale de l'ONU qui se tenait dans le Palais... Un mois plus tard une vingtaine d'intellectuels dont Albert Camus, André Gide, Jean-Paul Sartre, André Breton, l'abbé Pierre sont venus me soutenir. Quatrièmement j'ai lancé le " Registre International des Citoyens du Monde ", c'est-à-dire l'enregistrement des citoyens du monde par la prise d'une carte d'identité numérotée ; l'idée était simple et immédiatement réalisable. Robert Sarrazac m'avait convaincu de l'intérêt de la notion nouvelle d'"Institutions Mondiales Techniques Neutres "... A l'époque d'autres, de nombreux savants atomistes et intellectuels, comme Einstein, Gandhi, Willkie... avaient déjà écrit des livres sur le besoin d'une loi mondiale disant que la guerre n'était plus légale... Certains ont commenté votre " naïveté " et votre course aux médias ? D'une part, je n'étais pas naïf, au contraire ... La naïveté, c'était et c'est toujours, de croire que l'on peut avoir la paix avec les mêmes institutions. je ne crois pas non plus à l'efficacité du fédéralisme où toutes les nations renonceraient à une partie de leur souveraineté pour créer un gouvernement mondial... Ce n'est pas aux États mais à chaque citoyen, enregistré comme citoyen du monde, d'élire un gouvernement mondial ... De même, en est-il de l'élaboration d'une constitution mondiale ; j'en ai dix sur mon bureau... Mais, une constitution qui n'a pas le soutien du peuple, ce n'est qu'un morceau de papier... D'autre part, j'étais apatride, la presse était mon seul ambassadeur. Je n'ai pas eu le soutien d'un État ou d'une ambassade. J'étais donc seul avec mon idée et quelques amis. La presse fut pour moi un outil de travail. Nous n'avions pas d'argent mais nous avions des idées. Je ne pouvais pas me contenter d'envoyer des communiqués à la presse. J'ai donc voulu surprendre, attirer leur attention... La presse, vous savez, est en partie achetée par l'État par les hommes d'affaires. Il fallait faire réagir nos hommes politiques... jusqu'à Cahors! Que s'est-il passé après ces années de forte mobilisation personnelle ? Entre 1948 et 1950, nous avons eu quelques 750 000 personnes enregistrées. La dessus la guerre de Corée a éclaté... J'ai continué à militer... J'ai créé symboliquement le passeport mondial; écrit 4 livres sur le sujet; créé le journal World Citizen News, fondé la World Citizen Foundation, lancé 4 sites sur internet : dont un sur " Worldgovernment " et un site personnel " Garrydavis "... je me suis même présenté sous l'étiquette du parti des Citoyens du Monde à la candidature de maire de Washington en 1986 et à la candidature de Président des États-Unis en 1988... Une fois encore, ce n'étaient que des gestes symboliques mais qui m'ont permis d'expliquer qu'on pouvait être citoyen du monde à n'importe quel niveau de la politique... Je suis père de Kristina, Athena, Kim et Troy je suis heureux à 77 ans que l'un de mes fils, Troy poursuive mon œuvre. Mondialiste convaincu, ancien étudiant à Harvard, a se bat lui aussi pour la désignation d'un gouvernement mondial chargé de trois missions essentielles: prévenir les guerres, défendre l'environnement et protéger les droits des minorités. Pour Troy le seul clivage qui tienne, c'est le clivage entre démocratie et dictature. Et l'unique remède est de se mettre à l'écoute des peuples, des individus et des minorités afin de promouvoir l'émergence d'un État de droit mondial...
Bigousse dit : |